Les bambous dansent avec le vent. Autour du château, chaque feuille poursuit sa propre chorégraphie égoïste. Et la guerrière avance. Elle est enfin prête. Un masque félin, grimaçant, cache la … Continuer la lecture de Panthère arc-en-ciel
Les bambous dansent avec le vent. Autour du château, chaque feuille poursuit sa propre chorégraphie égoïste. Et la guerrière avance. Elle est enfin prête. Un masque félin, grimaçant, cache la … Continuer la lecture de Panthère arc-en-ciel
Il est de ces jours où les tartines même sans confiture tombent du mauvais côté.
Il y a des jours où votre ombre traîne lourdement sur le sol. Elle a aspiré, gobé, les heures de la journée en ne gardant que le pire, en oubliant le bien. Elle a raclé chaque aspérité du quotidien sans glisser sur les micro-drames du jour. Cette ombre, il lui arrive même de gonfler jusqu’à devenir un sac à dos noir dont les brettelles vous clouent au sol. En un moment d’inattention, écrasé par ce fardeau, vous pourriez vous oublier. Encré par ce poids, vous seriez capable de contempler les sables du temps vous recouvrir pour devenir le sujet d’études d’archéologues du futur. Il est des soirs où même en arrivant à s’extirper du sarcophage de sa voiture, même en faisant fort semblant, le bagage obscur empêche de vraiment rentrer. Agrippé au dehors il vous garde dans un sas, à la fois chez soi, à la fois ailleurs, flouté par un passé proche qui ne part pas. Vous vous retrouvez à errer dans cette antichambre bâtarde qui donne l’envie de refaire sa vie mais la fatigue de ne surtout rien changer.
Et puis il y a les fanfares de lutin, l’antithèse parfaite à ce lieu obscur.
Pour réussir à les entendre il faut partir à plusieurs et amener des enfants. Surtout les adultes ne doivent pas être en infériorité numérique. Les coffres des voitures seront à peine assez grand pour contenir vos ombres en forme de parachutes. Choisissez un milieu forestier classique avec du chêne qui laisse choir ses glands et du chemin constellé de flaques. Le but est de laisser les êtres de la forêt occuper les gamins pour que les parents puissent partager un peu de leurs fardeaux, s’échanger des morceaux du quotidien dans l’espoir que certains se perdent pendant la conversation. Vous allez voir, vous allez vite érafler de votre présence et de vos tracas la belle lenteur des sous-bois, mais patience.
Si vos enfants sont doués et les lutins de bonne humeur quelqu’un transformera l’automne en confettis.
Personne ne se rappellera qui, ni comment. D’un coup les morceaux de feuilles déplacés brilleront fort dans l’équinoxe. Brusquement vous vous retrouverez à contempler la danse funéraire d’une feuille de chêne. Normalement seul les lutins surveillent l’espace aérien forestier, mais ce jour-là vous les aiderez. Vous essaierez de prédire la direction qui sera emprunté par le vaisseau végétal. On pariera sur l’endroit où elle atterrira. Les sacs noirs tomberont, avalés par les feuilles. Vous vous en rendrez compte bien sur trop tard, quand les bretelles pèseront à nouveau. Mais en attendant vous voilà à arpenter un sentier connu qui semblera différent. Une route des premières fois, où les paires d’yeux avec ou sans binocles, se poseront sur des belles choses inconnues. A force de jouer à découvrir, vous vous mettrez à découvrir aussi. Vous allez vous surprendre à chapeauter des glands, à penser à ceux qui auront encore la tête nue le soir venu.
Et dans le brun, le jaune et l’orangé, si vous tendez l’oreille, vous l’entendrez. Elle donnera le rythme, fera vibrer la lumière cuivre. Elle se déplacera en même tant que vous, à peine caché par les branchages, la fanfare des lutins forestiers. Une troupe de mini musiciens des bois à la trompette et aux trombones qui transformeront l’automne en métronome. Ça fera battre vos cœurs à l’unisson de l’instant, nettoiera les taches laissées par les ombres. Vous allez vous regardez fort. Ça deviendra vraiment beau. Presque trop. Vous essaierez de rejeter l’idée que ce moment deviendra souvenir. Le jour complice durera un peu mais ne retiendra pas la nuit longtemps. Et puis quelqu’un va forcément tomber, un autre va avoir faim et il faudra rentrer faire le bain. Vous remonterez dans des voitures pas magiques qui vous emmèneront vers des lendemains d’école et de travail.
Une fois rentré, dans les vapeurs du bain, au milieu des sacs à préparer, vous oublierez. Vous ne réaliserez surement pas que, il y a quelques heures, rien que pour vous, on a transformé l’automne en début, en commencement. Dans le blues du dimanche soir vous ne comprendrez pas encore que des lutins vous ont proposé une chance de vous réessayer aux micro-bonheurs de saison que vous aviez trop vu ou raté. Il faudra du temps pour le savourer mais le souvenir de cet après-midi éloignera les ombres sac à dos pour quelques temps. Les lutins auront pris les madeleines, en enlevant bien le glaçage mélancolique, pour ne laisser que le côté chocolat .
